Le Club PhotoGraff'

  • Full Screen
  • Wide Screen
  • Narrow Screen
  • Augmenter la taille
  • Taille par défaut
  • Diminuer la taille

QHP du 10 juin 2015

 1/4 heure photo du 10 juin 2015 : Destinée par Gilbert Woerth 

Après un bref rappel historique des tribulations imposées aux juifs dans notre région  Françoise Pierre se lançait :

Gilbert nous a habitués à la profusion d'images et de couleurs, ici rien de tel, il va à l'essentiel en noir et blanc avec sobriété et gravité. Gilbert nous a suggéré d'imaginer un autre titre. J'en propose deux :
-avec une pointe d'humour (il en faut bien un peu) -Une photo qui tombe mal
ou bien en paraphrasant Léo Ferré : Avec le temps va tout s'en va .

Le sujet :
C'est une photo réaliste prise dans un cimetière israélite (peut être celui de Mackenheim). Une stèle est encore bien droite semble résister alors que celle du 1er plan est déjà en train de basculer enlacée par les bras/racines tentaculaires de l’arbre, l'affaissement est inexorable.
Les caractéristiques :
La mise au point faite sur la 1ère stèle et l'arbre, le cadrage serré, le choix du N et B mettent en évidence le sujet exploré.
Si techniquement la photo est banale, le choix du sujet ne l'est pas. Les symboles sont nombreux, forts et existentiels.


Les symboles :
- un côté mystérieux en raison de l'écriture hébraïque peu lisible par le commun des mortels. De qui sont ces tombes ?
- dualité entre la vie (l'arbre) et la mort (stèles) situées l'une et l'autre dans le même plan photographique. Une ambiguité existe, l'arbre symbole de vie est menaçant avec ses racines destructrices il semble l'emporter mais c'est une lutte vaine, la victorieuse est connue.

 

-Le temps qui passe avec tous ses aléas
  -l'abandon et l'oubli 
-la condition humaine dont la destinée conduit à la mort.

Conclusion
Cette image ne laisse pas insensible par les évocations qu'elle suscite c'est son grand intérêt,
C'est un cliché ''philographique''
« Nous avons toute la vie pour nous amuser nous avons toute la mort pour nous reposer » dixit Georges Moustaki.

Une autre lecture par Alain Hamdi :

Je me suis posé la question pourquoi Gilbert nous présente-t’il cette photo ? A mon avis il a regardé Fr3 alsace et vu qu’il y a eu une profanation dans un cimetière israélite pas trop loin d’ici et en  arrivant sur place il a vu cette scène qui sortait  de l’ordinaire. Tu nous présentes une photo inhabituelle qui change de ton répertoire photographique, avec une photo non pas en couleur mais en noir et blanc. Le traitement effectué est parfait. Le format choisi est le paysage avec un cadrage moyennement serré autour de l’arbre. Le contraste et la netteté sont importants. Tu  t’es inspiré de la règle des tiers pour la composition dans cet environnement naturel.  L’arbre et les stèles sont les points forts de la photo. On dirait que la forme du tronc d’arbre est une succession de petits troncs et un enchevêtrement de lianes qui ont amené la naissance de celui-ci. On voit également que l’arbre se prépare à engloutir cette stèle à l’aide des racines qui ressemblent à des pattes. J’ai essayé de lire l’âge du défunt mais malheureusement je ne lis pas l’hébreu! D’après un ami, il est écrit sur la grande stèle: «Quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, on est mieux ici qu'en face!"! Evidement ça reste à confirmer !!! D’ailleurs on voit bien que les années ont passé car les inscriptions de la petite stèle sont presque illisibles. Mais des indices demeurent, quelle est l’âge de ces deux stèles ? N’y a-t-il pas de distance de séparation règlementaire pour enterrer les défunts ?  Pourquoi cette stèle est si près de cet arbre ? Gilbert a-t-il les réponses !!
Une dernière petite phrase, Gilbert a nommé sa photo Destinée. Est-ce  vraiment la nôtre ? Je pense plutôt qu’il s’est inspiré des paroles de la chanson de Guy Marchand, Destinée :

"Inutile de fuir ou de lutter
C'est écrit dans notre destinée
Tu ne pourras pas y échapper
C'est gravé !!! "


Je conclus sans avoir trop de réflexion vous serez de tout cœur avec moi pour dire qu’au fil du temps la nature reprend ses droits, rien ne sert de lutter contre, elle finit par tout recouvrir… voilà un exemple concret.  
Ce n’est pas le style de photo que je fais mais c’est une belle photo…

Enfin voici ce qu'en disait Gilbert de Murcia :

C’est une image d’une grande force que nous propose G. Woerth. Comme la précédente que j’avais eu à juger  : «  babyfoot  »  on s’en souvient et qui était également assez bien typée. Pour m’imprégner de cette photo, je l’ai mise sur le bureau de mon ordinateur et je l’ai regardée presque chaque jour depuis qu’il me l’a transmise.

Alors ce qui frappe avant tout dans cette photo, c’est le message qu’elle semble véhiculer. On peut voir ici, un arbre puissant, qu’on imagine bien droit enlaçant et semblant maintenir, retenir et protéger de ses deux bras, la trace en l’occurrence la pierre tombale et donc les restes de la personne défunte, signifiant par là-même la persistance de sa marque sur terre.

MAIS on peut aussi penser qu’au contraire, en poussant, les racines de ce même arbre puissant, sont en train de renverser la tombe pour mieux effacer cette trace et que l’on assiste là, tout simplement, à l’effet inexorable du temps et sa capacité à effacer notre passage sur terre. La seconde pierre tombale, située à gauche de la photo, semble elle, déjà partiellement phagocytée..

Que l’on choisisse l’une ou l’autre de ces deux variantes  : le témoignage d’un passage marquant sur terre, ou bien l’effet destructeur de mémoire par le temps, on ne peut qu’apprécier la force apportée ici par le noir et blanc (à la façon de Salgado) très contrasté, l’excellent cadrage où la pierre et l’arbre se disputent la vedette et enfin le piqué extrême de la prise de vue.

Vous êtes ici : Accueil